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Vous trouverez la description générale du scénario La Bête et la Bête en suivant ce lien.

Selbnica est une bourgade cossue, fière du gras et du succès de ses milles habitants, citoyens rubiconds, bien au chaud, le nez dans le kvas (1) et  portant le bonnet ourlé ou le lourd manteau brodé de la caste marchande.

Le commerce florissant de la laine et la nouvelle prospérité ont fait oublier les affres cauchemardesques du passé, à l’époque impie où rôdaillaient les bêtes, les engeances de la nuit et autres instrumentalités infernales. La nouvelle bourgeoisie locale essaye tant bien que mal de faire oublier cette période noire, où l’on se barricadait à la nuit tombée, comme on le fait toujours chez ces arriérés de la Passe, cette époque maudite où les plus riches lignées étaient celles des tueurs de monstres, qui commerçaient leur savoir, leur talent et les organes des bêtes éventrées. Comme on met une chandelle sous l’étouffoir, les marchands enrichis rhabillent de lambris clairs et colorés les longues façades de pierre de leur maison familiale, dissimulant aux yeux des passants les multiples sculptures baroques qui commémoraient les victoires et exorcisaient les craintes de leurs ancêtres guerriers au temps du fer et des démons. Outre les familles les plus pauvres qui n’ont pas les deniers nécessaires pour de tels travaux, les gens n’ont conservé à nu que les encadrements des portes et les margelles des fenêtres. Chaque maison possède encore, au dessus de sa porte principale, les armoiries qui font la fierté de leur clan. Là, un dragon gueule ouverte, ici un poing bardé de fer, étreignant une poignée de serpents bicéphales… Dans certains bâtiments publics, des fresques effroyables s’écaillent, scènes peintes abandonnées au plafond. Harpies crucifiées, géants en flammes, cette cour macabre n’est plus au goût du jour. Inexorablement, elle s’étiole, et disparaît sous les couches de peinture neuve, laissant de grands murs blancs drapés dans leur silence, et qui ne font plus cauchemarder les enfants. La vie s’écoule, prospère, et chacun compte ses deniers, ses ballots de laine et ses troupeaux alors que retentit vêpres de la grande horloge centrale. Cette tour carrée, trapue, rythme chaque journée du bourg. Carillonnant tous les quarts d’heure, chacune de ses faces s’orne d’une antre, aménagée à son sommet, et d’où surgit une fois par jour, à l’heure dite, une créature malivole, qu’un héros de bronze occis vigoureusement à coup d’épée, de fendoir, de corsèque ou de masse, selon que sonne matines,  laudes, vêpres ou complies.

L’Apothicaire au fond de l’Impasse de Fond du Sac est un des seuls à faire survivre cette époque où les monstres pullulaient, pourchassés par des répurgateurs parfois plus terribles qu’eux. En ces temps sombres, on savait tirer profit de l’infection diabolique. Les « brasseurs de brouet » pullulaient, parfois plus sorciers qu’autre chose, et mélangeant des sels essentiels avec des organes d’abominations, ils produisaient des horreurs, ou des miracles. Feodor Jacobsen est le digne héritier de générations d’alchimistes. Il garde dans ses tiroirs des hypophyses de troll séchées et des bocaux de viscères d’opalins, des langues de vouivres en bouquet et des rachis de strige, enveloppés dans la peau translucide de kelpies noyeuses de la Volgo. Mais ses ingrédients ne sont pas tous des antiquités momifiées, ou confîtes dans le formol. Non, l’officine de maître Jacobsen est une affaire qui marche et nombre d’individus louches viennent faire des affaires avec le petit homme roux. Magiciens à la recherche de composantes, spadassins venus vendre des phalanges de gnolls, ou barbares descendus de leurs cols enneigés pour livrer de la glace à dos de yack. Tous viennent et repartent sous les yeux soupçonneux des gens du bourg.

Autre établissement emblématique, l’auberge du Joyeux Drak ronfle au rythme de ses 33 broches. Confortable et bien chauffée, il y règne une ambiance feutrée et somnolente, tant que le temps lui-même s’assoupit dans un de ces fauteuils moelleux, tendus de cuir et disposés en soleil autour de la cheminée centrale qui a donné son nom à l’édifice.  En effet autour de l’âtre et du manteau de pierre se love un drak sculpté il y a des lustres, mais que le patron, Piotr Ilitch Tchernov, a su remettre au goût du jour. Il a fait briser les crocs de pierre acérés du monstre, et a même fait venir un sculpteur de la vallée pour transformer le rictus du reptile en grimace goguenarde. Une couche d’émail coloré sur ses écailles rudes et voilà le grand prédateur de jadis ravalé au rang de mascotte souriante, arlequin rigolard que les enfants du bourg viennent souvent caresser, quand ils cherchent leur père, assommé de bière et de bonne chère. Car ici l’on festoie. Saumon  à la crème des torrents alentours, agneaux, bœufs, volailles, pigeons tout y passe, tant que le client repart le ventre plein et la bourse vide...

 

 

 

(1) Kvas : Bière de pain, typique des pays de l’est, et dont vous trouverez facilement une recette sur le net, ou dans le Parazitnyi n° 1

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